Le 04/07/2010 - 13h56
Par
SPORTWEEKXTREME
Tests encourageants pour Baumgartner
Sauts en chute libre au dessus du désert californien-Photo : Red Bull Photofiles
Alors que la mission progresse, Félix Baumgartner ainsi que l'ensemble de l'équipe scientifique font part des progrès techniques et des préoccupations qui demeurent.
Les experts en aéronautique de la mission Red Bull Stratos ont annoncé jeudi les résultats encourageants des derniers tests à haute altitude et des tests de sortie de la capsule. Tandis que l'équipe s'apprête à entrer dans une nouvelle phase de tests, Félix Baumgartner, le pilote de la mission, reconnaît que les sentiments de satisfaction et d'appréhension se mêlent.
CHOREGRAPHIER LA SORTIE ET REUSSIR L'ATTERRISSAGEAu cours de la dernière semaine de mai, l'équipe scientifique a procédé à trois tests déterminants :
• La sortie de la capsule,
• Des sauts à l'élastique avec port de la combinaison pressurisée pour peaufiner la technique de descente,
• Des sauts en chute libre à haute altitude réalisés pour la première fois avec la combinaison entièrement pressurisée.
Sortie de la capsule : Au siège de Sage Cheshire Aerospace, à Lancaster, en Californie, la capsule a été suspendue depuis une grue de plus de 40 tonnes afin de se rapprocher du mouvement qu'elle aura une fois attachée au ballon. Félix Baumgartner a pu répéter ses mouvements à l'intérieur, ainsi que sa sortie et sa descente.
Il s'agissait de déterminer les réactions de la capsule par rapport aux mouvements de Félix, et si elles étaient susceptibles de compromettre sa descente. Un léger mouvement de culbute résultant d'une sortie imprécise de la capsule pourrait non seulement empêcher Félix Baumgartner de franchir le mur du son, mais aussi provoquer une "vrille à plat" aussi dangereuse que rapide lors du contact avec un air plus dense.
" Nous ne savions pas ce qui allait se passer au niveau de la capsule au moment où Félix allait faire glisser le siège en avant et se hisser pour s'extraire ", précise Luke Aikins, expert aérien et conseiller en chute libre de la mission.
" Nous avions peur que la capsule bouge et que la sortie de Félix ne soit pas bonne, mais elle reste plutôt stable, ce qui nous a permis d'éliminer ce problème. " Sauts à l'élastique pour la technique de descente : Les choses ont ensuite pris une tournure surréaliste, quand une équipe d'éminents experts en aérospatiale et pilotes d'essai (parmi lesquels Joe Kittinger, détenteur des records que Félix Baumgartner essayera de battre) s'est réunie sur un champ de foire désert situé à Lancaster, pour assister à quelque chose qu'ils n'avaient jamais vu, malgré toutes leurs années d'expérience cumulées, à savoir un saut à l'élastique réalisé avec combinaison et casque pressurisés.
" Ces sauts à l'élastique peuvent sembler incongrus dans le cadre d'une préparation pour un saut à haute altitude, mais cela donne une idée à Félix de la sensation qu'il éprouvera en sortant et en tentant de contrôler sa rotation en avant ", explique Art Thompson, directeur technique du projet.
Après de nombreux sauts depuis la nacelle d'une grue à plus de 60 mètres du sol, la technique de sortie de Félix Baumgartner a atteint, selon les dires d'un membre de l'équipe, la "perfection".
" Une inconnue demeure, celle de savoir comment mon corps réagira quand je vais franchir le mur du son ; mais nous savons au moins que je peux gérer la sortie ", affirme l'athlète autrichien.
Sauts en chute libre à haute altitude : Pour clore cette semaine de tests, une série de sauts en chute libre a été effectuée à Perris, au-dessus du désert californien, à 7 900 mètres d'altitude. Ce dernier test, réalisé le 27 mai, a fait suite à des vols semblables qui avaient déjà eu lieu au début du printemps. Félix Baumgartner s'était alors senti frustré par la maladresse que son équipement lui conférait, et plus particulièrement par la manière dont son sac ventral, plate-forme technologique vitale pour la descente, se mettait devant son casque, limitait ses mouvements lors de la descente et bloquait son champ de vision à l'atterrissage.
Les objectifs étaient les suivants : parvenir à une descente nette depuis l'arrière de l'avion, évaluer la contrôlabilité et les différentes positions corporelles avec la combinaison pressurisée, tester le dégonflement de celle-ci lors de la descente, ainsi qu'un nouveau système de sac ventral dont un côté peut s'enlever du champ de visibilité pour permettre à Félix de repérer son lieu d'atterrissage. La technique du pilote ainsi que l'équipement amélioré ont fonctionné en parfaite harmonie, et l'équipe a pu réaliser tous les objectifs.
" Chaque entraînement est l'occasion d'en apprendre davantage ", a remarqué Félix Baumgartner une fois sur le tarmac.
" Ensuite, on revient à l'équipement, et on le modifie. Puis on le teste de nouveau, et si c'est parfait, on passe à autre chose. Aujourd'hui, je suis pleinement satisfait du résultat. " POURSUIVRE LES PHASES DE TESTSC'est précisément ce que font Félix Baumgartner et l'équipe scientifique en ce moment, dans les derniers préparatifs de la prochaine phase de tests, qui promet d'être intense. Ce sera d'abord un test en chambre pressurisée de tous les systèmes de la capsule à une altitude simulée de 36 500 mètres, puis des sauts en ballon de plus en plus hauts.
Bien qu'exalté par les progrès réalisés jusqu'ici, Félix Baumgartner admet qu'il ressent encore des moments d'inquiétude. Constatant que les tests technologiques, aussi poussés soient-ils, sont incapables d'éliminer l'erreur humaine, il poursuit :
" C'est cet aspect du projet qui me préoccupe le plus, car nous n'y avons pas pensé. Nous tentons d'envisager toutes les éventualités, mais il se passera toujours quelque chose que vous n'aurez jamais imaginé, et c'est justement ce qui pourrait vous être fatal. " " Si je pensais qu'il s'agissait d'une expérience suicidaire, je ne me serais jamais engagé dans ce projet, tout comme les autres experts membres de l'équipe ", affirme le Dr Jonathan Clark, directeur médical de la mission et ancien chirurgien au service de la NASA.
" Il y a Joe Kitinger, des pilotes d'essai, et différents experts en aérospatiale. Pour nous, il ne s'agit pas d'une cascade, mais de démontrer qu'il est possible de réaliser un saut stratosphérique en chute libre, puis d'effectuer une rentrée dans l'atmosphère. " " La préparation de la mission s'accélère et progresse à grands pas ", renchérit le pilote.
" Bientôt ce sera du concret, et il est rassurant de se sentir préparé. " Soulignant les possibilités d'application des données collectées par la mission Red Bull Stratos, le Dr Clark poursuit :
" Actuellement, le système d'abandon d'une navette spatiale est garanti jusqu'à 30 500 mètres. Pourquoi ? Parce que c'est l'altitude atteinte par Joe Kittinger. Beaucoup de sociétés sont en compétition pour devenir le prestataire de transport qui assurera les vols spatiaux à visée touristique, scientifique, etc. Ces systèmes, tout particulièrement lors de leur phase de développement et de test, nécessiteront sans doute un système d'abandon, et nous pourrons les aider à en fournir un grâce à ce que nous apprenons. "
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