Le 09/04/2010 - 12h24
Par
SPORTWEEK / Vincent Davoli
Exclu/Mathieu Bozzetto : "Tous les gars me redoutaient"
Mathieu Bozzetto et sa médaille de bronze de Vancouver-Photo : Panoramic
Médaillé de bronze à Vancouver, le surfeur Mathieu Bozzetto ne regrette pas d'être sorti de sa retraite pour les JO. Il ne regrette pas non plus d'y être retourné depuis..., comme il l'a confié à "Sport".
L'histoire (1) qui a précédé Vancouver est-elle la plus belle de ta carrière ?Ça a compté, c'est sûr. Mais la décision de revenir ne vient pas que d'eux. C'est aussi ma décision. C'était un joli défi . Parce que, à 35 ans, quand on a tout arrêté, revenir, c'était osé. Surtout que je n'avais pas fait de sport l'année précédente. Je me suis demandé si
mon corps allait tenir le coup. Cette année, j'ai eu deux alertes sérieuses au niveau du dos.
Cette médaille reflète-t-elle l'injustice du sport ? C'est quand même au moment de ta carrière où tu n'es pas le plus fort que tu la remportes...C'est vrai que j'étais censé ne pas être au mieux. Mais quand je suis revenu sur le circuit, j'ai tout de suite obtenu un bon résultat, en terminant deuxième à Landgraaf, aux Pays-Bas. Comme je l'avais dit à tout le monde, je savais que j'avais le potentiel pour faire une médaille. Les Jeux, ce n'est pas le miroir de la Coupe du monde. C'était vrai quand j'étais le meilleur sur le circuit, ça l'était encore cette année. À Vancouver, je n'étais pas favori, mais tous les gars me redoutaient.
Le fait de concourir dans les derniers jours pour une équipe de France qui est alors à une médaille de son record t'a ajouté de la pression ?Pas spécialement. Dans l'entourage de l'équipe de France, personne n'est venu me parler de ce record. En revanche, je pense qu'on est allé le dire à Julien Lizeroux. Moi j'y ai pensé, mais personne n'est venu me voir pour me le dire. C'était très bien comme ça.
Ça t'a permis d'aborder la course en étant décontracté ?Ah oui, je peux le dire, j'ai abordé la course très sereinement. Ça s'est très bien passé pour moi.
Pourtant, comme à Salt Lake City en 2002, les conditions étaient exécrables, ce qui ne te réussit pas...Oui mais il avait plu. Et la neige ne s'était donc pas transformée en glace comme à Salt Lake. La neige était dure à cause des produits chimiques, mais il restait une pellicule tendre à cause de la pluie.
Tu as pleuré sans pouvoir parler lors de ta première interview télé. À quoi pensais-tu à ce moment-là ?C'est un tout. L'émotion d'avoir une médaille parce que ce n'était pas gagné. Ça représente un peu le couronnement de ma carrière, avec ce retour qui n'a pas toujours été facile. C'est aussi une émotion due à tous les sacrifices que j'ai faits dans ma vie. Avant la télé française, j'avais vu d'autres télévisions qui m'avaient rappelé mon passé et les difficultés. Malheureusement, devant la télé française, j'ai du mal à parler.
Tu pensais à Karine (2) aussi ?C'est un peu dur de toujours dire que Karine Ruby était derrière moi. Mais sincèrement, j'ai pensé à elle parce que j'étais dans les conditions dans lesquelles elle excellait. Et je me dis que s'il est vrai que les gens qui sont au ciel peuvent un peu nous aider, je pense qu'elle m'a aidé.
Pendant toutes ces années de succès en Coupe du Monde, tu n'as pas eu la reconnaissance que tu as aujourd'hui. Est-ce que tu trouves ça injuste ?J'y ai pensé quand j'étais sur le télésiège pour remonter sur mon run de petite finale. Je me suis dit que Sylvain Dufour aurait sans doute bien besoin de cette médaille pour
lancer sa carrière, comme Tony Ramoin a pu le faire. En 2003, quand j'ai gagné la Coupe du monde pour la cinquième fois consécutive, je n'ai eu droit qu'à un tout petit article avec une petite photo dans
l'Équipe. Je n'ai pas eu droit à une première page, ou à une grande photo. La reconnaissance n'est pas la même. C'est gravissime ! Les Jeux, c'est une super spirale médiatique. C'est comme la Coupe du monde de foot. Beaucoup de gens s'intéressent au football à ce moment-là. Et pourtant, les Jeux sont plus faciles que les autres compétitions : il y a moins de concurrents au départ des épreuves.
Cette spirale et tout ce qui pourrait arriver derrière, ça ne te donne pas envie de continuer ta carrière ?Bien sûr que ça donne envie. Mais je ne peux plus. J'adore la compétition, je continuerais bien encore pendant dix ans, mais si c'était le cas, je finirais dans une chaise roulante. J'ai envie d'aller bosser et de construire ma vie professionnelle.
Trois adjectifs pour qualifier ta carrière ?Passionnante, longue et belle.
Et ta vie future ?Heureuse, longue et belle. (rires)
Propos recueillis par Vincent Davoli(1) Après avoir mis un terme à sa carrière, Mathieu Bozzetto a décidé de revenir dans le circuit pour les Jeux de Vancouver. Deux de ses amis, Franck Pedretti et Karine Ruby, avaient lancé une pétition sur Facebook, pour que Mathieu Bozzetto revienne pour les JO. (2) Karine Ruby, grande championne de snowboard, est décédée dans lemassif du Mont-Blanc en mai 2009. Elle était l'une des meilleures amies deMathieu Bozzetto.ITINERAIRENé le 16 novembre 1973 à Chambéry (73)
Palmarès : Médaille de bronze en slalom parallèle aux Jeux olympiques de Vancouver (2010), Double médaillé d'argent aux championnats du monde en slalom parallèle (1999 et 2001), Vainqueur du classement général de la Coupe du monde de Snowboard (1999 et 2000), Vainqueur de la coupe du monde de slalom parallèle (de 1999 à 2003), 35 victoires sur des épreuves de Coupe du monde (slalom, slalom géant parallèle ou slalom parallèle) et 64 podiums.
A retrouver dans le n°231 du magazine Sport :
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