Le 27/03/2009 - 10h01
Par
SPORTWEEK / Geoffroy Bresson
Oahu, l'île d'Hawaii la plus prisée par Hollywood
SportWeek
Territoire de Lost et de Jurassic Park, Oahu est tout sauf une île déserte. On nous aurait menti ?
C'est un terrain sept fois plus petit que la Corse, mais à la population cinq fois plus dense que la France. Oahu, territoire d'Honolulu, la capitale de Hawaii, son million d'habitants, et sa plage culte bondée de touristes, Waikiki. Sur cette île, les buildings, les boutiques, les hôtels et les villas de luxe s'enchaînent en rangs serrés. L'économie est prospère. Les habitants ont même donné un surnom à leur lopin de terre, pour expliquer aux visiteurs que, chez eux, le mot tranquillité n'est pas d'actualité : the gathering place (le point de rassemblement).
Pourtant, c'est bien ce meeting point surchargé du Pacifique qui véhicule, dans le monde entier, l'image de ces îles perdues au milieu de l'océan. Sans âme qui vive et bordées par d'énormes vagues infranchissables. La faute au cinéma. Car aujourd'hui, quand vous regardez une superproduction américaine dont le scénario consiste, soit à crasher un avion sur une plage déserte, soit à recréer des dinosaures loin de la civilisation, sachez que c'est à Oahu que ces délires sont tournés. En tout cas pour la plupart. Lost, Jurassic Park, Godzilla, George de la jungle, ont profité des paysages idylliques de l'île pour recréer leur paradis (ou leur enfer, c'est selon) reculé. "
Il y a à peine quelques mois, se souvient le photographe professionnel Sylvain Cazenave, qui passe tous ses hivers à cet endroit,
je partais vers le nord à pied, shooter les surfeurs de grosses vagues. J'ai emprunté un petit chemin en terre, au milieu de la forêt. D'un coup, un vieux monsieur chauve, qui me parait familier, a surgi. Sur le coup, je n'ai pas tilté. Mais, plus tard, j'ai décris le personnage à mes amis et les filles sont devenues hystériques. Il paraît que c'était Terry O'Quinn, l'acteur qui joue John Locke dans Lost. Il revenait de tournage et s'était perdu. "
Oahu, seul endroit au monde où l'on devrait installer des cordons de sécurité au milieu de la nature, pour protéger de leurs fans les stars du cinéma égarées. "
On est loin du cliché sauvage que nous vend le grand écran, confirme Sylvain Demercastel, freesurfeur habitué de Hawaii, mais qui se déplace aussi sur des spots moins connus aux Philippines ou au Costa Rica.
Cette surpopulation, c'est la rançon de la gloire. Le coin est devenu si célèbre qu'y trouver sa petite plage déserte de sable blanc s'avère mission quasi-impossible. "Des vagues de 10 mètresEt que dire des grosses vagues qui déroulent sur le North Shore, la zone nord de l'île ? Même si les Hawaiiens protègent cette partie encore sauvage de l'urbanisation, au point de la surnommer " la campagne ", la réputation planétaire du spot y a transformé le surf en sport national... "
Sur l'eau, l'ambiance est devenue très tendue, explique notre rider.
Il y a tellement de monde que l'on n'a surtout pas intérêt à y voler une priorité. Si j'étais débutant, je n'oserais même pas y mettre ma planche. " Sa description de " Pipeline ", une géante qui peut mesurer 10 mètres de haut et qui déroule sur la côte, fait froid dans le dos : "
C'est devenu de la folie. Des photographes et des professionnels traînent toujours autour. On est obligé de prendre des risques pour y faire sa place. Quand on sait que sur un tel monstre, l'erreur ne pardonne pas, on hésite encore plus à le défier. " Paradis du XXIe siècleEt ce sentiment de crainte n'est pas sans déplaire aux Hawaiiens. "
Ce peuple est, à l'origine, une communauté de guerriers, analyse Hugo Savali, l'un des meilleurs riders français.
Ils peuvent se montrer très agressifs et ne reculent devant rien pour protéger ce qu'ils ont. Si tu ne fais pas partie de leur monde, tu n'es rien. En même temps, se faire accepter et respecter par cette population est un challenge qui rend très fier quand on arrive à le relever. " Mais pourquoi, tout simplement, ne pas surfer d'autres vagues moins fréquentées, ailleurs ? Pourquoi ne pas produire tous ces films aux paysages grandioses dans un vrai paradis perdu ? "
Parce qu'il faut quand même bien admettre qu'Oahu reste une île avec un environnement magnifique, répond Sylvain Demercastel.
Ces grandes vallées verdoyantes qui nous font rêver dans Lost et Jurassic Park existent bel et bien. Ces murs d'eau, qui sont à l'origine du surf moderne, permettent effectivement de prendre les plus beaux tubes du monde. Ce n'est pas du chiqué. Les Hawaiiens se battent pour préserver cette nature. Et tout ce spectacle naturel côtoie le confort d'une métropole ultradéveloppée. C'est simple de produire des films à gros budget et facile de se loger. " Un paysage, grandiose, encadré par une ville tout aussi énorme. Voilà peut-être comment se profile un paradis terrestre au XXIe siècle...
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